ARRÊTONS DE REVER
Ce qu’il faut savoir de l’accord Mistral / Microsoft
Concrètement, Microsoft finance le déploiement d’infrastructure Azure en Europe pour Mistral, qui va notamment augmenter ses capacités GPU avec des milliers de puces NVIDIA Vera Rubin dernière génération.
En échange, deux modèles Mistral sont désormais intégrés dans l’écosystème Microsoft : Mistral Medium 3.5 (disponible dans Microsoft Foundry, Azure et Copilot Studio) et OCR 4 (dans Microsoft Foundry, pour le traitement documentaire).
L’accord met en avant trois modes de déploiement pour les clients :
cloud public via Azure, environnements hybrides connectés au cloud (Azure Local), ou déploiements entièrement déconnectés pour les usages sensibles, l’idée étant de répondre aux enjeux de souveraineté numérique européenne tout en s’appuyant sur l’infrastructure Microsoft.
Comment peut-on parler de souveraineté européenne tout en s’appuyant sur l’infrastructure Microsoft ?
Certains observateurs (comme SFEIR) notent d’ailleurs que si l’argument de souveraineté est mis en avant, la stratégie industrielle de long terme reste encore assez floue.
Le Cloud Act est effectivement le point faible de tout ce partenariat, et plusieurs articles récents (dont un d’Alliancy publié après l’annonce Microsoft-Mistral) pointent précisément ce problème.
Le Cloud Act, adopté en 2018 aux États-Unis, oblige toute entreprise américaine à répondre aux réquisitions judiciaires des autorités américaines, quel que soit l’endroit où les données sont physiquement stockées. Autrement dit, localiser des serveurs en France ou en Suède, les faire tourner sur du matériel exploité par une entreprise française, ou même les isoler du réseau ne change rien à un fait juridique de base : Microsoft reste une société américaine, donc soumise au droit américain.
C’est là que le partenariat Microsoft-Mistral montre ses limites. L’accord met en avant du « contrôle » via trois modes de déploiement, dont un mode déconnecté (air-gap) où les données restent techniquement inaccessibles à distance tant que le système n’est pas reconnecté au réseau. Mais dès qu’une reconnexion devient nécessaire (mise à jour, maintenance…), l’exposition légale redevient la même qu’avant. Ce que l’accord offre, c’est donc un contrôle opérationnel, pas un contrôle juridique.
Un élément assez frappant : lors d’une audition au Sénat français, le directeur juridique de Microsoft France a reconnu sous serment ne pas pouvoir garantir que des données de citoyens français ne seraient jamais transmises aux autorités américaines sans l’accord de la France, précisant qu' »en dernier recours, si nous y sommes contraints, nous devons transmettre les données. » Les chiffres appuient cette réalité : au second semestre 2025, Microsoft a reçu 5 587 demandes de divulgation de données et y a donné suite favorable dans 75% des cas.
Il faut aussi noter que le Cloud Act s’inscrit dans un cadre de surveillance américain plus large (notamment FISA 702), et que depuis l’invalidation du Privacy Shield par la Cour de justice de l’UE en 2020, la responsabilité de la protection des données repose désormais sur les entreprises clientes elles-mêmes, pas sur les fournisseurs cloud — ce qui alourdit la charge de conformité pour les organisations européennes.
Certains observateurs concluent que des acteurs non soumis au droit américain, comme OVHcloud, restent une alternative plus sûre pour qui cherche une réelle souveraineté juridique, et pas seulement technique.
Mistral AI SAS a été créée juridiquement le 28 avril 2023 et immatriculée au RCS/RNE en mai 2023, sous le numéro SIREN 952 418 325.
Elle a été fondée par trois chercheurs français :
- Arthur Mensch — cofondateur, président/CEO, ancien de Google DeepMind.
- Guillaume Lample — cofondateur, directeur scientifique, ancien de Meta.
- Timothée Lacroix — cofondateur, directeur technique, ancien de Meta.
Ces trois personnes restent aujourd’hui les trois fondateurs dirigeants.
Il faut toutefois distinguer « associés/actionnaires » au sens juridique des investisseurs ayant participé aux différents tours de financement. La liste exhaustive des actionnaires avec leur pourcentage à chaque date n’est pas entièrement publique. En revanche, on peut reconstituer assez précisément les entrées au capital annoncées.
Évolution des associés/investisseurs
| Date | Tour | Principaux investisseurs identifiés |
| Avril-mai 2023 | Création | Arthur Mensch, Guillaume Lample, Timothée Lacroix |
| Juin 2023 | Amorçage ≈ €105/112 M | Lightspeed Venture Partners (chef de file), Redpoint, Index Ventures, Bpifrance, Xavier Niel, JCDecaux Holding, Rodolphe Saadé, Motier Ventures, La Famiglia, Headline, Exor Ventures, Sofina, Firstminute Capital, LocalGlobe ; Eric Schmidt est également cité parmi les investisseurs initiaux. |
| Déc. 2023 | Série A €385 M | Andreessen Horowitz/a16z (chef de file), Lightspeed, BNP Paribas, CMA CGM, General Catalyst, Salesforce, Conviction, Elad Gil et d’autres investisseurs. |
| Fév. 2024 | Investissement stratégique | Microsoft, environ €15 M sous forme d’obligation convertible, dans le cadre du partenariat Azure. |
| Juin 2024 | Série B €600 M | General Catalyst (chef de file), Lightspeed, a16z, NVIDIA, Samsung Venture Investment, Salesforce Ventures, Bpifrance, Cisco, IBM, BNP Paribas, Belfius, Bertelsmann Investment, Eurazeo, Headline, Korelya Capital, Latitude, Millennium New Horizons, Sanabil Investments, ServiceNow, SV Angel, etc. |
| Sept. 2025 | Série C €1,7 Md | ASML (chef de file, investissement de €1,3 Md), plus DST Global, a16z, Bpifrance, General Catalyst, Index Ventures, Lightspeed et NVIDIA. |
| Sept. 2026 | Série D €3 Md | Samsung Electronics (chef de file), Scaleup Europe Fund/EQT et PSG Equity ; nouveaux entrants : Advent, fonds gérés par BlackRock et Grand-Duché de Luxembourg ; participation de nombreux actionnaires existants dont ASML, a16z, Bpifrance, BNP Paribas CIB, General Catalyst, Index, Lightspeed, NVIDIA, Salesforce Ventures, etc. |
didier@la-machina.xyz
Pour une vraie technologie souveraine, conforme 24h / 24 et sécurisée… appelez-moi !