La guerre des data
PARTIE 1 SUR 3
Le constat historique
Lorsque l’ami met la main dans vos poches, lorsqu’il s’invite à votre table pour vous protéger, et qu’il en profite pour vider votre coffre.
I. Un peu d’histoire
Tout le monde s’étonne des fuites technologiques, mais ce ne sont pas des fuites : il s’agit d’un braquage organisé depuis de longues décennies.
Refaisons un peu d’histoire, en synthèse.
1944 : une libération sous conditions
Lors du débarquement de juin 1944, ceux qui ont lu les bons rapports et les bons livres le savent ; ceux qui ont lu des analyses précises, le vrai travail de journalistes d’investigation, savent que l’armée américaine n’a pas débarqué pour libérer la France, mais pour faire de la France sa tête de pont en Europe et, surtout, pour en faire une sorte de protectorat sous la coupe des États-Unis.
Ceux qui se sont penchés sur les archives savent que l’idée d’une Europe unie n’est pas née en 1945 : dès la guerre, l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste avaient déjà élaboré leurs propres projets de « nouvelle Europe », et certains milieux collaborationnistes français ont porté, sous l’Occupation, une idéologie européenne inspirée de cet ordre nouveau.
Une partie de ce qui allait devenir, des années plus tard, les règlements, les lois, les structures et le mode de fonctionnement de la construction européenne avait donc déjà été esquissée sur le papier bien avant qu’on nous la présente comme une invention entièrement neuve, née des ruines de la guerre.
Tout était prêt afin de réaliser la grande Europe, qui serait donnée en pâture et soumise à l’Amérique libératrice.
On sait aujourd’hui quelle est la part de vérité, ce qui est vrai, ce qui est faux.
Voir notamment : Georges-Henri Soutou, Europa ! Les projets européens de l’Allemagne nazie et de l’Italie fasciste (Tallandier, 2021) ; Julien Prévotaux, Un européisme nazi : le Groupe Collaboration et l’idéologie européenne dans la Seconde Guerre mondiale.
La fabrique de l’ennemi
Nous savons que 23 millions de Russes sont morts pour libérer l’Europe, mais que, dès la fin de la guerre, les Américains ont créé un storytelling en leur faveur et désigné un nouvel ennemi afin de générer une bipolarité dans l’esprit des peuples.
Car un peuple qui a peur, un peuple à qui l’on montre l’ennemi, est un peuple très manipulable.
De la guerre de 39-45 aux fuites d’aujourd’hui

Ce préambule sert simplement à rappeler que les fuites informatiques actuelles ne sont que la conséquence de toute l’organisation étrangère qui fut mise en place depuis la guerre.
La seule question à se poser est : « À qui profite le crime ? »
Cette organisation qui nous a vendu l’Amérique libre, l’Amérique libératrice, l’Amérique « UBER ALLES », l’Amérique et son rêve, ses chewing-gums, ses belles voitures, l’Amérique première en toute technologie.
Ce pays ami qui va nous sauver, nous protéger, nous cajoler, nous aider, etc., etc.
Un véritable cheval de Troie, officiellement offert au nom de la libération et de la liberté, un cadeau si généreux qu’il cachait déjà les éléments technologiques et psychologiques qui allaient nous conquérir de l’intérieur.
CE QUE MONTRENT LES ARCHIVES AMÉRICAINES
En 1948, William Donovan (ancien chef de l’OSS, l’ancêtre de la CIA) et Allen Dulles (futur directeur de la CIA) fondent l’American Committee on United Europe (ACUE). Son conseil d’administration comprend aussi Walter Bedell Smith, premier directeur de la CIA. Dès le milieu des années 1950, cet organisme devient un canal discret pour faire transiter des fonds de la CIA — environ un million de dollars par an — vers les mouvements fédéralistes européens : le Mouvement européen, la Campagne européenne de la jeunesse, le Conseil de l’Europe, ainsi que des soutiens à la Communauté européenne du charbon et de l’acier et au projet de Communauté européenne de défense.
En 1958, l’ACUE finançait à elle seule 53,5 % du budget du Mouvement européen.
Des figures comme Paul-Henri Spaak ou Robert Schuman ont accepté ce soutien américain ; le directeur belge de la Campagne européenne de la jeunesse, le baron Boel, recevait des versements mensuels sur un compte dédié. Une partie de l’argent de l’ACUE elle-même venait aussi des fondations Rockefeller et Ford — pas uniquement de fonds gouvernementaux.
L’objectif « officiel » de l’époque était la containment strategy de la guerre froide : faire de l’Europe unie un rempart économique et politique contre l’influence soviétique.
Sources :
— American Committee on United Europe — Wikipedia
— US intelligence sponsored pro-European movement — EUobserver
II. La mécanique de la domination technologique
Pendant que nous regardions ce beau film se dérouler, aussi bien sur nos écrans que dans la réalité, une autre Amérique tissait donc sa toile pour nous dominer.
La martingale du financement
C’est ainsi que nous avons vu apparaître, au départ, des sociétés brillantes, des compagnies vantées et applaudies, qui sont devenues très rapidement des mastodontes.
Les Américains ont eu l’intelligence de financer les idées nouvelles en collaboration avec l’armée et les universités, en dépensant des millions puis des milliards de dollars, c’est-à-dire, comme dirait un président français, « quoi qu’il en coûte ».
Ainsi, ces entreprises sont devenues extrêmement solides financièrement. Elles ont pris des places particulièrement importantes sur le marché de la technologie.
Certes, ce que je présente là n’est jamais qu’un résumé très synthétique de la réalité.
Je le présente ainsi pour poser le contexte qui permettra de comprendre ce qui arrive aujourd’hui en matière de fuites technologiques, qui ne sont, pour moi, que des braquages superbement bien organisés. De simples braquages qui font partie d’un plan plus vaste, que bien des dirigeants et autres collaborateurs ont du mal à comprendre, voire à accepter.
L’art de la mise en scène

Les dirigeants européens, hypnotisés par la technologie américaine superbement mise en scène, installaient, sans le savoir, le diable, l’espion, dans leur propre maison.
Hollywood n’est pas une métaphore, ni un conte de fée. C’est un centre de production d’histoires à la gloire de l’Amérique et des Américains.
Les films, la mise en scène américaine, tout est tellement bien orchestré : les sauveurs en 36 mm sont magnifiques, et la technologie qui les accompagne est une publicité subtile, un message inconscient qui vend la puissance technologique des USA.
Ainsi IBM surfe sur la vague, puis Apple, puis Microsoft, puis Google, puis Dell, et j’en oublie…
Et pendant des décennies, à coups de formations, de séminaires, de brevets maison, de récompenses, de voyages de promotion, d’incentives, tous les fournisseurs américains se sont implantés, organisés, formant ensemble un réseau magnifique, une toile d’araignée où sont venues se coller les entreprises du monde entier.
Qui, magnifiquement motivé par des films superbement mis en scène, pouvait refuser un voyage d’information, une formation exclusive VIP aux States ?
Des entreprises persuadées de ne rien craindre, d’être en sécurité… grâce à la technologie américaine, se laissaient donc circonvenir.
Comme la grenouille plongée dans une eau qui chauffe doucement, nous n’avons rien senti venir : le confort était grand, la chaleur, sympathique.
Quand les failles craquent
Jusqu’au jour où… jusqu’au jour où les backdoors discrètes, les fissures camouflées ou, tout simplement, les logiciels mal conçus craquent…
Exactement comme ce fut le cas avec l’industrie automobile américaine : du tape-à-l’œil, des carrosseries magnifiques qui rouillent en deux temps trois mouvements, des moteurs mal adaptés, et c’est le client qui paie la mise au point.
Cela a permis au Japon de se placer en tête du marché automobile américain pendant des années.
III. La complicité européenne
Pendant que les dirigeants européens et particulièrement les Français, les Suisses ou les Belges s’enorgueillissaient de s’approprier et d’acheter à vil prix des technologies américaines pour équiper leurs entreprises, voire d’acheter de belles voitures américaines, ces mêmes dirigeants, pris dans leurs pseudo-calculs rationnels et leur ego (le fameux « c’est moi qui l’ai la plus grosse »), ne faisaient en réalité qu’ouvrir la porte à un pillage organisé et prémédité.
Et si je rappelle que l’idée même d’une Europe unie trouve, chez certains de ses artisans, des racines troubles dans l’ordre nouveau imaginé par le Reich, j’ajoute que les Américains, eux, ont su, dans le même temps, faciliter l’accès de leurs technologies au marché européen.
Un hasard, croyez-vous ?
IV. Le vrai prix : la data plutôt que le chiffre d’affaires

Voici donc que, depuis cinquante ans, les Américains avaient compris que les data étaient plus importantes que le chiffre d’affaires.
On dit souvent que la data est le nouveau pétrole. C’est mieux que le pétrole : la data est infinie, elle se multiplie et augmente en silence, jour et nuit. Elle se transforme, s’additionne aux autres data, elle offre des idées nouvelles, nourrit la créativité, informe, permet d’anticiper, de comprendre, d’imaginer, de créer des richesses et, hélas, de manipuler, de dominer, de contraindre.
Avec les data, les États-Unis possèdent votre clientèle, ils vous possèdent.
Pas besoin de vous acheter, sauf si vous possédez des brevets ou des technologies spécifiques.
Les Européens, les Français essentiellement, se sont laissé berner.
La suite dans le prochain article : pourquoi….
Les meilleures innovations françaises restent invisibles et ce que cela vous coûte, à vous, aujourd’hui.
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