On nous dit que le prix de l’essence flambe à cause du marché mondial, de la géopolitique, de la fiscalité verte. Peut-être et peut-être pas.
Regardons surtout ce que cette flambée produit, concrètement, dans la vie des gens.
En 2022, le gazole a battu son record absolu depuis 1985, franchissant la barre symbolique des 2 euros le litre.
Aujourd’hui encore, les taxes représentent 56,6 % du prix à la pompe pour le sans-plomb et 51 % pour le diesel hors taxes, le litre coûterait moins d’un euro.
Ce ne sont pas des détails comptables : selon l’INSEE, 13,5 % des ménages ruraux motorisés consacrent plus d’un mois de revenu par an à leur carburant, contre 9 % en ville.
Parmi les plus exposés, le revenu médian tombe à 16 237 euros pour une dépense carburant médiane de 2 698 euros près du double de la moyenne nationale et 37,8 % d’entre eux vivent sous le seuil de pauvreté.
Résultat mesuré, pas supposé : un sondage OpinionWay/Bonial de 2026 montre que 67 % des Français ont renoncé à certains déplacements à cause du coût du carburant, et 81 % ont réduit d’autres postes de budget.
53 % de sorties au restaurant en moins
52 % de loisirs en moins
47 % de vacances en moins.
On ne reste pas chez soi par choix. On y reste parce qu’on ne peut plus se permettre d’en sortir.
Et pendant ce temps, l’alimentation suit la même pente.
L’inflation alimentaire a culminé à 4,9 % en 2023 avant de ralentir à environ 2 % en 2024 mais l’INSEE elle-même signale que les fruits et légumes frais continuent d’augmenter plus vite que la moyenne alimentaire.
Le bio, structurellement 20 à 30 % plus cher que le conventionnel, a vu ses volumes chuter de 11,3 % en 2023.
Les ménages n’ont pas arrêté de vouloir bien manger, ils n’en ont simplement plus les moyens.
Foodwatch France a documenté, en pleine crise inflationniste, des « marges indécentes » de l’industrie agroalimentaire et de la grande distribution.
Du côté des producteurs d’énergie, l’histoire est différente.
TotalEnergies a enregistré un bénéfice net record de 21,4 milliards de dollars en 2023, et a maintenu des rachats d’actions à hauteur de 2 milliards de dollars par trimestre en 2025, tout en résistant à la taxe sur les superprofits proposée en France.
À l’échelle mondiale, les huit plus grandes compagnies pétrolières ont engrangé plus de 200 milliards de dollars de profits en 2022 seul.
Faut-il y voir un plan concerté, dessiné dans un bureau, par des « maîtres du jeu » qui se frottent les mains ?
La question n’est pas de savoir qui a comploté.
Elle est de savoir ce que nous sommes prêts à faire, ensemble, une fois qu’on a cessé de se battre entre nous sur des étiquettes politiques, religueuses, raciales, écologistes…. pour exiger que des choix fiscaux, industriels, commerciaux soient rendus visibles, débattus, et comptables devant nous.
Sources : INSEE Première n°2125 ; L’Argus (fiscalité carburant, 2026) ; Connaissance des Énergies / BourseInside (record gazole 2022) ; INSEE / franceinfo (inflation alimentaire 2023-2024) ; LSA-Conso (fruits et légumes) ; The Conversation (prix du bio ; Gilets jaunes et taxe carbone) ; Foodwatch France (marges indécentes, 2023) ; France24, CNBC (résultats TotalEnergies 2023-2024) ; Environmental Working Group (profits pétroliers mondiaux 2022) ; lautomobiliste.fr (sondage OpinionWay/Bonial, 2026).
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